Entre Cassiopée et les Pléiades, vous trouverez Persée et ses mystères. Son étoile la plus lumineuse, Mirfak, mérite un coup d’œil aux jumelles car pour notre œil, cette étoile semble se situer dans une zone très dense en étoiles. Mais ça n’est rien à côté du fameux double amas de Persée, pouponnière d’étoiles qui révèle aux jumelles bien des diamants. Aujourd’hui, c’est une autre étoile qui m’intéresse : Algol, qui fait l’objet d’une légende au centre d’une vraie saga.

La légende

Tout commence avec Danaé, très belle fille du roi d’Argos et seule héritière du trône. Sa beauté et son hérédité attirèrent de nombreux prétendants et le roi décida tout naturellement de l’enfermer dans une tour pour protéger son royaume. Les méthodes à l’époque avait le mérite d’être simple … Mais comme toute belle jeune femme isolée, la fidélité de Zeus fut mise à rude épreuve. Ce dernier se transforma en une pluie d’or et neuf mois plus tard, Persée naquit ! Le roi, furieux de voir que l’isolement dans la tour ne fit rien, décida d’enfermer sa fille et son petit-fils dans une malle et de laisser leurs destins à Poséidon en jetant le coffre dans la mer Egée. Il avait appris via l’oracle que son petit-fils prendrait son trône et lui ôterait la vie, ce qui, vous conviendrez, justifie ses agissements.

Gustav Klimt – Danaé – 1907

Sauvez par Poséidon, Danaé et son fils Persée arrivent sur une île avec un roi nommé Polydecte. Ce dernier, voulant séduire Danaé, décida d’éloigner Persée qui attirait tous les soins de sa mère en lui confiant une mission. Près de cette île se trouvent les trois Gorgones, trois sœurs maudites par Athéna qui ont des serpents à la place de cheveux et le pouvoir de pétrifier tous ceux qui croisent leurs regards, l’une de ces Gorgones est Méduse. Persée, fils de Zeus ne l’oublions pas, accepte de rapporter la tête de la Méduse et avec l’aide du bouclier d’Athéna et des talonnières ailées d’Hermès, il put trancher la tête de la Méduse et la rapporter dans un sac au roi Polydecte. Ce dernier fut finalement pétrifié en découvrant l’exploit de Persée. De la décapitation de la Méduse, deux gouttes de sang tombèrent sur le sol. L’une se transforma en Géant tenant une épée en or, l’autre en beau cheval ailé blanc … Et en levant la tête, vous pourrez voir Persée tenir la tête de la Méduse, Algol !

Capsule Audio présentée lors des animations du ciel
© Vivien BUDON
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Pour aller plus loin

Algol est une étoile qui a fait couler de l’encre ! Depuis longtemps, au temps des égyptiens, ils avaient remarqué que cette étoile baissait de luminosité régulièrement. Plus tard, en 1782, John Goodricke trouve que tous les 2 jours 20 heures et 49 minutes, Algol semble s’obscurcir un petit peu et pendant 10 heures avant de retrouver son éclat habituel. Bizarre bizarre ! Il émet deux hypothèses :

  • Soit Algol a une partie de sa surface plus sombre et sa rotation nous la montre tous les 2 jours 20 heures et 49 minutes,
  • Soit Algol est accompagné d’un compagnon, une autre étoile qui tourne autour et qui passe périodiquement devant elle. Une éclipse en somme !

C’est la deuxième hypothèse qui sera validé un siècle plus tard en 1890 par Hermann Carl Vogel en utilisant la spectrométrie (en décomposant la lumière de l’étoile dans un prisme comme l’album des Pink Floyd … en gros !)

Algol A et Algol B vu par l’interféromètre CHARA © Wikipedia

Nous avons donc deux étoiles qui tourne dans le même plan que nous et que l’on appellera binaire à éclipse de type Algol ou « Algoloide ». D’autres « Algoloide » seront découvertes plus tard. Si vous essayez de distinguer ces deux étoiles aux jumelles, il faudra déjà éviter le moment de l’éclipse car les étoiles seront alignés … pas pratique pour les distinguer et aussi avoir de très très bons yeux car l’angle maximum qui sépare ces deux étoiles est de 2 mas (milli arc seconde de degré). Pour vous représenter cette angle, mettez-vous en France, placez moi à Oulan Battor en Mongolie et essayez de distinguer mes deux yeux (on suppose que la Terre est plate ici, vous ne m’en voudrez pas !). Pas facile hein !

Il est donc impensable de pouvoir discerner ces deux étoiles avec l’œil, même avec le meilleur des télescopes actuels. Une autre méthode présentée en image ci-dessus a été utilisée en interférant les ondes lumineuse pour détecter des distances très petites. L’interféromètre CHARA ne montre donc pas optiquement les deux étoiles mais traduit visuellement les calculs de distance qui ont été effectués ! Ça reste quand même très impressionnant non ?

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